Allume-toi
L'image d'ouverture pose le décor : deux hommes me regardent. Ou plutôt, ils regardent mes jambes. Dans ce bar, je suis d'abord un corps avant d'être une personne. C'est ce regard que cette série interroge et retourne.
Trente-trois femmes apparaissent ensuite depuis l'écran d'une télévision vintage. Trente-trois et pourtant une seule : moi, fragmentée, démultipliée, libérée. Mais aussi nous toutes, dans cette multiplicité qu'on nous refuse.
Ces portraits sont nés d'une rage que beaucoup connaissent. Celle de sentir nos corps regardés, commentés, réduits à ce que d'autres y projettent. Ce regard masculin qui consume, qui dévore, qui croit posséder par les yeux.
Mais après cette première image où je suis regardée, je reprends le contrôle. C'est moi qui allume l'écran, moi qui choisis ce qui s'affiche. Au lieu d'être réduite à une seule image fantasmée, je déploie toute la multiplicité qui nous habite : la guerrière et la sauvage, la reine et la bête, la fragile et l'indomptable. Je m'incarne en chasseresse, en créature nocturne, en femme-nature, en pure rage.
Entre ces personnages théâtralisés, je glisse aussi ma présence brute, sans masque ni artifice. Cette alternance interroge : où commence le masque, où finit le visage ? Qui sommes-nous dans ces personnages qu'on endosse, qui sommes-nous hors d'eux ?
Nous sommes tout cela à la fois. La violence et la tendresse, le désir et le refus, la mère et celle qui existait avant. Nous sommes la somme de toutes ces identités qui cohabitent, se contredisent, s'affrontent. Nous ne sommes réductibles à aucun rôle, aucun regard, aucune attente.
Les femmes ne sont pas une image figée dans un écran pour le plaisir des autres. Nous sommes des univers entiers.
Allume-toi.